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PORTRAIT — L’HOMME D’ENDURANCE

Luis Enrique

De Gijón au Parc des Princes : un joueur qui n’a jamais lâché, un père brisé par la perte de sa fille Xana, un entraîneur qui a gagné deux fois la Ligue des champions avec Paris.

Repères

Naissance8 mai 1970, Gijón (Asturies)
Surnom« Lucho »
ÉpouseElena Cullell, mariage le 27 décembre 1997
EnfantsPacho (1998), Sira (2000), Xana (†2019)
SommetsTriplé du Barça 2015, Ligues des champions 2025 et 2026 avec le PSG

Gijón, un garçon des Asturies

Luis Enrique Martínez García naît le 8 mai 1970 à Gijón, sur la côte des Asturies. À onze ans, il rejoint les équipes de jeunes du Sporting de Gijón, où il reste de 1981 à 1988, avec un passage en prêt à La Braña (1984-1988). Son surnom, « Lucho », lui vient d’un attaquant mexicain du Sporting, Luis Flores. Il joue avec la réserve (1988-1990), puis avec l’équipe première (1989-1991).

Real Madrid, puis le choix du Barça

En 1991, il signe au Real Madrid et y reste cinq saisons (213 matchs et 18 buts toutes compétitions selon la source). Il marque contre Barcelone lors d’une victoire 5-0 en janvier 1995. En 1996, il rejoint pourtant le FC Barcelone libre de tout contrat. Au Barça, il est capitaine ; il remporte deux Liga (1997-98 et 1998-99), deux Coupes du Roi, la Coupe des coupes 1996-97 et la Supercoupe de l’UEFA 1997.

Avec l’Espagne (62 sélections, 12 buts), il joue trois Coupes du monde et l’Euro 1996, et gagne l’or olympique à Barcelone en 1992. Son épisode le plus célèbre date du Mondial 1994 : en quart de finale contre l’Italie, il est blessé au visage par un coup de coude de Mauro Tassotti, qui sera suspendu huit matchs et s’excusera plus tard. Il prend sa retraite le 10 août 2004, à 34 ans, à cause de ses blessures.

Marathons, Ironman, surf : l’après-football

Libéré du football, il se tourne vers l’endurance : marathons de New York (2005), d’Amsterdam (2006) et de Florence (2007), Marathon des Sables (2008), Ironman de Francfort (2007). Il vit aussi un temps en Australie pour pratiquer le surf. Une vie d’effort, qui précède son retour sur les bancs.

Un tempérament, des méthodes de groupe

Un article de Soccerway le décrit comme un entraîneur au caractère fort, capable de prendre des décisions radicales : il a écarté le capitaine Sergio Ramos après 180 sélections, utilisé Xavi comme remplaçant de luxe à Barcelone et mis Messi sur le banc après une brouille. Il est très exigeant envers lui-même comme envers ses joueurs, sur le plan physique comme tactique, mais il est aussi proche d’eux et sait leur redonner confiance.

Pour souder son groupe, il recourt à des sorties au restaurant, à des barbecues le dimanche, à une activité « escape room » et au recrutement d’un psychologue. Il dit : « J’adore la pression », et il juge la Ligue des champions « injuste, mais ce n’est pas une excuse ».

Les débuts : Barça B, Rome, Celta

Il commence en 2008 sur le banc du Barça B : 124 matchs, le retour de l’équipe en Segunda División en 2009-10. À l’AS Rome (2011-2012), il vit une saison difficile : élimination en Ligue Europa face au Slovan Bratislava, pas de qualification européenne. Au Celta Vigo (2013-2014), il termine neuvième et bat le Real Madrid 2-0 chez lui.

Barcelone 2014-2017 : le triplé

Le Barça le nomme le 19 mai 2014. En janvier 2015, l’équipe traverse une crise, avec une fâcherie visible avec Lionel Messi. Il stabilise alors son onze avec Messi et Neymar en ailiers inversés et Luis Suárez en pointe. La saison s’achève sur le triplé : Liga, Coupe du Roi, Ligue des champions (3-1 contre la Juventus à Berlin, le 6 juin 2015). Suivent la Supercoupe de l’UEFA, la Coupe du monde des clubs 2015, puis un doublé Liga-Coupe du Roi en 2015-16.

Son plus grand coup d’éclat est un renversement : battu 4-0 à l’aller par le PSG en 2016-17, le Barça gagne 6-1 au retour, grâce à un passage à trois défenseurs. Il annonce le 1er mars 2017 qu’il partira à la fin de son contrat.

Xana

L’Espagne le nomme le 9 juillet 2018. Il démissionne en mars 2019 pour raisons familiales. Le 29 août 2019, sa fille Xana meurt d’un cancer des os, à neuf ans. Il avait trois enfants : Pacho (né en 1998), Sira (née en 2000), cavalière de haut niveau, et Xana, la cadette.

Selon une source, il s’agissait d’un ostéosarcome. La famille a ensuite créé la Fundació Xana, qui aide les familles d’enfants et de jeunes atteints de maladies graves. Le 15 octobre 2024, cinq ans après sa mort, dans le dernier épisode de la mini-série de Movistar+ « No tiene ni **** idea », il évoque pour la première fois en détail ce deuil. Il se dit « très chanceux » : Xana « est venue vivre avec nous neuf années merveilleuses ». Il pense aussi qu’elle « nous voit encore ». Il a aussi confié à sa femme, après une journée particulière : « Xanita a eu une journée formidable aujourd’hui. Elle nous a manqué. » Côté terrain, l’entraîneur revient à la Roja le 19 novembre 2019, après l’intérim de Robert Moreno qu’il juge « déloyal ». Avec elle, il atteint la demi-finale de l’Euro 2020, perdue aux tirs au but contre l’Italie, puis les huitièmes de finale du Mondial 2022, perdus contre le Maroc aux tirs au but. Il quitte le poste le 8 décembre 2022.

Sa fille dans les stades

La mémoire de Xana accompagne Luis Enrique sur les terrains. À Berlin, en 2015, après la victoire du Barça en Ligue des champions, elle avait posé un drapeau du club sur la pelouse du Stade olympique : la photo est restée. Après une défaite du PSG contre Toulouse, il portait un t-shirt à son effigie à la remise des prix du championnat de France. Avant un déplacement à Lens, il a dit en conférence de presse : « Elle ne sera pas là physiquement, mais elle sera là spirituellement. »

Plusieurs supporters, selon un site qui reprend ces propos (qu’il convient de lire avec prudence, car il mélange faits et commentaires), lui ont écrit que ses mots les avaient aidés après la perte d’un enfant.

Paris : 2023-2026

Le PSG l’annonce le 5 juillet 2023, pour succéder à Christophe Galtier. Sa première saison offre un triplé national (Ligue 1, Coupe de France, Trophée des champions) et une demi-finale de Ligue des champions. En 2024-25, le PSG est invaincu en 28 matchs de Ligue 1 et champion avec six journées d’avance, puis gagne la Ligue des champions le 31 mai 2025 : 5-0 contre l’Inter Milan, le premier titre européen du club. En 2025-26, il remporte un nouveau titre de champion et, le 30 mai 2026 à Budapest, garde la Ligue des champions aux tirs au but contre Arsenal (1-1, 4-3).

Il a aussi la réputation d’un homme dur : il écarte ceux qui sapent son autorité, et dit en septembre 2024 qu’il accepterait une baisse de salaire de 50 % pour ne plus avoir à parler aux journalistes. Mais il revendique de traiter ses joueurs « comme ses enfants », selon la source que nous citons.

Aujourd’hui

Au 21 octobre 2026, son contrat court jusqu’en juin 2027. Le 20 octobre, le PSG bat Barcelone 4-2 en Ligue des champions, mais perd Dembélé, Marquinhos et Kvaratskhelia sur blessure. « Je ne suis pas le docteur », répond-il. Lionel Messi l’a cité comme l’un des deux meilleurs entraîneurs qu’il ait connus, avec Guardiola.

Un fils des Asturies qui court les marathons, qui a perdu sa fille, qui a gagné deux fois la Ligue des champions avec un club qui ne l’avait jamais gagnée : le portrait n’a rien de lisse.

Les totaux de sa carrière de joueur diffèrent selon les tableaux de Wikipédia (entre 461 et 585 matchs) : nous ne les donnons pas. Une source écrit « neuf années extraordinaires », une autre « merveilleuses » : nous citons la formulation de l’article le plus proche de la série.

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