Repères
| Naissance | 23 juin 1972, La Castellane (Marseille) |
| Parents | Smaïl et Malika, venus de Kabylie en 1953 |
| Fratrie | Dernier de cinq enfants |
| Sommets | Mondial 1998, Euro 2000, 3 Ligues des champions comme entraîneur |
| 2026 | Nommé sélectionneur des Bleus le 28 juillet |
La Castellane, une famille venue de Kabylie
Zinedine Zidane naît le 23 juin 1972 à La Castellane, cité populaire des quartiers nord de Marseille. Ses parents, Smaïl et Malika, sont originaires d’Aguemoune, en Kabylie, et sont arrivés en France en 1953. Il est le plus jeune de cinq enfants. Son père travaille comme manutentionnaire puis comme gardien de sécurité ; la famille vit, selon l’une des sources, de façon relativement confortable pour le quartier. Zidane dira plus tard que l’éducation stricte reçue et la figure de son père ont été sa boussole.
C’est dans ce décor de béton qu’il apprend le football, sur le bitume de la place Tartane, avec une dizaine de copains. Dans un entretien accordé à France Football en 2001, il affirme que c’est là qu’il a appris l’essentiel de son jeu. Il est marseillais jusqu’au bout des ongles, supporter de l’OM, admirateur d’Enzo Francescoli, mais il ne portera jamais le maillot du club.
Le père, Smaïl : parti pour six mois, resté soixante ans
Smaïl Zidane naît en 1935 à Aguemoune, un village de Kabylie, dans une famille modeste. Enfant, il fabrique ses ballons avec des chiffons. Il travaille la terre pour des colons français, pour un salaire minuscule, puis quitte l’Algérie en 1953 : les sources donnent 17 ou 18 ans selon les récits. Il passe par Marseille, puis travaille comme manœuvre dans le bâtiment à Saint-Denis, où il adhère à la CGT. Il envoie une partie de son salaire à sa famille. Il dira plus tard être « parti pour six mois » et être « resté soixante ans ».
Il rencontre Malika à Marseille ; ils se marient en janvier 1963. Malika, elle, est arrivée en France à cinq ans et y a fait toute sa scolarité ; elle tient à la réussite scolaire de ses enfants. Smaïl travaille ensuite à l’usine CODER, puis comme veilleur de nuit et magasinier. Une assistante sociale de l’usine aide la famille à obtenir un logement HLM : c’est ainsi que les Zidane emménagent à La Castellane, dans un quartier neuf, en 1969.
Une éducation stricte, des études ratées
Les parents surveillent de près les fréquentations de leurs enfants, dans un quartier défavorisé. Le père, d’une autorité forte, offre à Zinedine ses premiers crampons à onze ans. À l’école, les résultats sont médiocres ; il la quitte à quatorze ans. Dans un entretien accordé à L’Équipe en 2015, il explique qu’enfant on ne rêvait pas : ce qui paraissait accessible était ce que l’on voyait autour de soi.
Le sociologue Stéphane Beaud, qui a consacré un livre à Zidane, souligne qu’en tant que benjamin il a bénéficié d’une discipline parentale un peu plus relâchée et d’un encadrement serré de ses aînés. Pour lui, le socle moral reçu à la maison (respect, honnêteté, travail) est décisif. Beaud précise aussi qu’il n’a pas pu interroger Zidane : il s’appuie sur des biographies, des documentaires et sur Guy Lacombe, qui l’a connu à Cannes.
Yazid, dix ans, une première licence
À dix ans, en 1982, il prend sa première licence à l’US Saint-Henri, puis rejoint en 1983 le SO Septèmes-les-Vallons, où il reste jusqu’en 1987. À cette époque, on l’appelle encore Yazid. En décembre 1986, un stage de trois jours au CREPS d’Aix-en-Provence change tout : un recruteur de l’AS Cannes, Jean Varraud, le remarque. Il signe à Cannes en avril 1987.
Cannes : loin des siens, à quinze ans
Ses parents acceptent de le laisser partir, lui qui est le dernier de la fratrie, après s’être assurés qu’il serait bien encadré. À Cannes, il est hébergé par une famille d’accueil, les Elineau, et mène une vie presque monacale, tout entière tournée vers le football. Il quitte ensuite cette famille pour le foyer de jeunes travailleurs de la rue Mimont, selon une autre source qui situe la première famille à Pégomas. C’est dans ce foyer qu’il découvre l’autonomie et qu’il rencontre Véronique Fernández, qui deviendra sa femme. Beaud note que Zidane y passe de la rue au métier : il doit se défaire de « mauvaises habitudes » et apprendre les règles du football professionnel. Ses coéquipiers le décrivent comme un « gros bosseur », généreux envers ses partenaires.
Sa technique est exceptionnelle, mais on lui reproche une exécution lente et un jeu de tête médiocre. Il intègre l’équipe professionnelle en 1988, joue son premier match de première division le 20 mai 1989 contre Nantes, devient titulaire en 1990-1991 et marque son premier but professionnel en février 1991, contre Nantes encore. Cannes termine quatrième cette saison-là, mais sera relégué un an plus tard. Zidane est déjà parti.
Bordeaux : l’éclosion
Il rejoint les Girondins en 1992, pour environ 460 000 euros, alors qu’il avait été proche de l’OM, qui n’avait pas été assez entreprenant selon l’article consulté. Dès sa première saison, il marque dix buts en championnat. Bordeaux gagne la Coupe Intertoto 1995 et atteint la finale de la Coupe UEFA 1996, perdue contre le Bayern Munich. Zidane est élu joueur de l’année de Ligue 1 en 1996.
Il fait ses débuts en équipe de France le 17 août 1994. Entré en jeu contre la République tchèque (2-2), il marque deux buts en vingt minutes devant son public du Parc Lescure. Le décor est planté.
La Juve, le Mondial français, l’Euro
À la Juventus (1996-2001), il remporte deux titres de champion d’Italie (1996-97 et 1997-98) et la Coupe intercontinentale 1996. Mais c’est avec les Bleus que l’année 1998 le consacre : il marque deux buts de la tête en finale du Mondial contre le Brésil, est désigné homme du match, reçoit la Légion d’honneur et le Ballon d’or. En 2000, il gagne l’Euro et est élu meilleur joueur du tournoi.
Le Stade de France, le 12 juillet 1998, est le sommet de cette trajectoire.
Un Kabyle de La Castellane
En 2004, dans un portrait du journal The Observer, il se décrit dans cet ordre : « un Kabyle de La Castellane », « un Algérien de Marseille », puis « un Français ». Il n’est retourné à Aguemoune qu’une fois enfant, à quatorze ans, selon une source ; il y retourne en décembre 2006, lors d’une visite très médiatisée. Beaud rappelle qu’il refuse de choisir entre la France et l’Algérie et assume un « côté franchouillard » autant qu’une curiosité pour le pays de son père.
Il agit aussi sans bruit : les recettes d’un match caritatif financent du matériel médical pour la zone touchée par le séisme de Boumerdès en 2003 ; en 2020, une donation de cinq lits de réanimation est attribuée à des hôpitaux de la wilaya de Béjaïa. Son fils Luca a choisi de jouer pour l’Algérie, ce que Beaud lit comme la preuve d’un héritage cosmopolite au sein d’une famille dont la passion du football est le principal lien culturel.
Madrid : 77,5 millions, une volée et un coup de tête
En juillet 2001, Florentino Pérez le recrute pour environ 77,5 millions d’euros, un record mondial. À sa présentation, il lance : « Je voulais gagner la Coupe d’Europe, et je voulais le faire avec le Real Madrid ». En 2002, à Glasgow, il fait gagner la Ligue des champions d’une reprise de volée sur un centre de Roberto Carlos contre Leverkusen. Au Real, il compte 227 matchs officiels et 49 buts.
Le 9 juillet 2006, en finale de la Coupe du monde, il met un coup de tête à Marco Materazzi et est expulsé. France-Italie se termine aux tirs au but. Zidane reçoit le Ballon d’or du tournoi et prend sa retraite.
Après le coup de tête : le silence
Après 2006, Beaud observe un homme qui répond peu aux critiques et se protège, lui et sa famille, derrière des intermédiaires. Il note aussi que l’image médiatique de Zidane, discrète et humble, correspondait à ce que la société attendait au tournant des années 2000, au détriment de l’histoire familiale et collective. Il voit dans le coup de tête de 2006 la trace possible de la Castellane : une hargne née de la violence rencontrée dans les cités. C’est une interprétation de sociologue, pas un fait établi.
Zidane a quatre enfants, à qui il transmet les valeurs reçues de ses parents, selon Beaud. Sa vie privée reste protégée, ce qui explique le peu d’informations disponibles ici.
De l’ombre au banc
Après sa retraite, il est conseiller du président du Real, adjoint de l’équipe première, puis entraîneur du Castilla (2014-2016). Une source relève un désaccord : le rapport officiel citait un autre entraîneur principal, un dirigeant de la formation affirmant l’inverse dans les faits. En janvier 2016, il prend l’équipe première, qu’il mène à trois Ligues des champions consécutives (2016, 2017, 2018). Il reçoit le prix The Best du meilleur entraîneur en 2017.
Il revient au Real le 11 mars 2019 et quitte le club en mai 2021. Après la Coupe du monde 2022, il décline l’offre de la sélection américaine. Pendant cinq ans, il reste sans poste : son nom revient à chaque fin de cycle des Bleus.
28 juillet 2026 : la maison
Le 28 juillet 2026, la Fédération française annonce que Zidane succède à Didier Deschamps, dont le mandat s’achève sur une quatrième place au Mondial 2026. Le président Philippe Diallo affirme l’avoir contacté dès février 2025 et parle d’un engagement « pour les quatre années qui viennent ». Zidane, 54 ans, déclare que diriger les Bleus était « la seule chose » qu’il voulait faire.
Le 5 octobre 2026, après la victoire sur la Belgique (4-1), il retrouve Aimé Jacquet dans les couloirs du Stade de France et dit sa joie de le revoir. Boucle émouvante : le jeune milieu de Bordeaux que Jacquet avait installé dans les Bleus dirige désormais l’équipe.
Sur DirFoot
- Wikipédia (anglais) : Zinedine Zidane
- Maxifoot : Zidane (1/3), de la Castellane au Parc Lescure
- Real Madrid : Zinedine Zidane, légende
- Paris Match Belgique, 28 juillet 2026 : Zidane officiellement nommé
- La Vie des idées : recension du livre de Stéphane Beaud
- Politis : Zidane, sociologie d’un génie, juillet 2026
- NVO : Zinédine Zidane, une enfance ouvrière
- Zoom Algérie : Zinédine Zidane, origines algériennes