Le magazine du football : l’actualité des grands joueurs, les dossiers, et toute l’histoire du jeu.dirfoot.com
Accueil / Portrait / Roger Lemerre
PORTRAIT — L’HOMME DE L’OMBRE

Roger Lemerre

Le « Général » discret de Bricquebec : adjoint de Jacquet, champion d’Europe 2000 avec la France, champion d’Afrique 2004 avec la Tunisie. Une vie d’homme de l’ombre.

Repères

Naissance18 juin 1941, Bricquebec (Manche)
SurnomLe « Général »
JoueurDéfenseur central, Sedan, Nantes, Nancy, Lens
SommetsEuro 2000 (France), CAN 2004 (Tunisie)
Âge85 ans en 2026

Un garçon de Bricquebec

Roger Lemerre naît le 18 juin 1941 à Bricquebec, dans la Manche, au cœur du Cotentin. Il joue d’abord à l’UC Bricquebec, de 1957 à 1960, puis un an au FC Saint-Lô. Dans sa ville natale, on se souvient de lui : en février 1999, pour les 70 ans du club local, il devient le premier « citoyen d’honneur » de Bricquebec.

Les sources disponibles disent peu de chose de son enfance et de sa famille. On sait seulement que l’homme qui sera plus tard réputé sobre, réservé et très normand vient d’un coin de France loin des projecteurs, et qu’il en gardera le tempérament.

Quatorze ans de défense centrale

Il devient professionnel en 1961 à Sedan, où il reste huit saisons. Il y perd une finale de Coupe de France, en 1965. Il joue ensuite à Nantes (1969-1971, ou 1968 selon les sources), à Nancy (1971-1973) et à Lens (1973-1975). France Football lui décerne l’Étoile d’or en 1966, 1968 et 1969, ce qui dit la régularité de ce défenseur central. Il compte six sélections en équipe de France, entre 1968 et 1971.

Il se hisse pourtant, bien plus tard, dans un classement des mille meilleurs joueurs français établi par So Foot, où il figure à la 107e place.

Entraîneur sans bruit : Red Star, Lens, l’armée

Sa carrière d’entraîneur commence en 1975 au Red Star, à Saint-Ouen. Suivent Lens, Paris, Strasbourg et, en 1983-1984, l’Espérance de Tunis, un premier lien avec la Tunisie. Il revient au Red Star en 1985, puis entre en 1986 à la Direction technique nationale, où il prend en charge le bataillon de Joinville, l’équipe de France militaire. Il la mène jusqu’au titre de champion du monde militaire en 1995.

C’est de là que vient son surnom de « Général ». Un surnom qui dit aussi la manière : rigueur, cadre, sobriété. En 1997, il sauve Lens de la relégation. Rien de spectaculaire, mais le travail d’un homme que l’on appelle quand il faut redresser un groupe.

L’adjoint d’Aimé Jacquet

En janvier 1998, il devient l’adjoint d’Aimé Jacquet en équipe de France. Six mois plus tard, la France est championne du monde. Après la finale, Jacquet s’en va ; c’est Lemerre qui reprend l’équipe. Succéder à un sélectionneur vainqueur du Mondial n’est pas une mission facile, d’autant que les Bleus sont déjà au sommet.

2000 : champion d’Europe avec un sourire

La France de Lemerre gagne l’Euro 2000 puis la Coupe des Confédérations 2001. Les joueurs décrivent un homme décontracté, capable de désamorcer l’enjeu. Emmanuel Petit parle d’un sélectionneur qui dédramatise ; l’ambiance des entraînements est bon enfant, on y rit beaucoup. Son adjoint de l’époque, René Girard, rapporte une épreuve personnelle : le père de Lemerre est décédé pendant la phase de groupes de l’Euro. Il a continué à diriger l’équipe.

Le Mondial 2002 est en revanche un désastre : la France, tenante du titre, est éliminée dès le premier tour, sans avoir marqué un but. Son contrat est résilié. En France, l’histoire s’arrête presque là pour lui. Il restera, dit-on, largement oublié dans son propre pays.

La Tunisie, une seconde patrie de football

À l’automne 2002, il s’engage avec la Tunisie. En un an, il teste plus de quarante joueurs, puis resserre le groupe autour des plus investis ; il écarte les « divas » et mise sur un 4-4-2 simple et bien maîtrisé. Le 14 février 2004, à Radès, la Tunisie bat le Maroc 2-1 en finale de la CAN : premier titre continental de son histoire. Lemerre devient champion d’Europe et champion d’Afrique ; plusieurs sources écrivent même qu’il est le seul entraîneur à y être parvenu, sans que cette affirmation soit toujours étayée.

En Tunisie, on le considère comme le meilleur sélectionneur de tous les temps. Après le titre, il reste discret. On raconte un trait de caractère : un joueur fumant à la mi-temps, Lemerre choisit de se taire. Il conduit la Tunisie à la Coupe du monde 2006 ; il est limogé en février 2008 après une CAN décevante, avec 12 défaites en 77 matchs.

Les années de voyage

Il dirige ensuite le Maroc (2008-2009), l’Ankaragücü en Turquie (2009-2010), puis, selon les sources, le CS Constantine en Algérie (2012), l’Étoile du Sahel en Tunisie (2013-2014, puis 2018-2019 et 2021-2022) et Sedan, son premier club professionnel, en 2016. Plusieurs de ces passages ne sont mentionnés que dans l’infobox de Wikipédia : nous les citons avec prudence.

Il est chevalier de la Légion d’honneur (2001), chevalier de l’Ordre national du Mérite (1998) et grand officier de l’Ordre national du Mérite tunisien (2004).

Juin 2026 : une fausse nouvelle

Le 24 juin 2026, une rumeur lancée sur le réseau X annonce sa mort. Son entourage la dément formellement : il est vivant, âgé de 85 ans. Selon l’article qui rapporte l’épisode, la confusion a pu venir du décès de la mère de Didier Deschamps, la veille. Ce n’était pas la première fois qu’il était victime de fausses annonces.

Roger Lemerre reste un homme que l’on cherche à peine, et que l’on retrouve avec émotion : le Normand qui a fait gagner la France et la Tunisie, sans jamais élever la voix.

Les sources se contredisent sur l’année d’arrivée à Nantes (1968 ou 1969) et plusieurs postes tardifs ne figurent que dans un seul tableau : nous l’indiquons dans le texte.

Sur DirFoot