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PORTRAIT — LE ROI

Pelé

Né dans la pauvreté, cireur de chaussures, il joue avec une chaussette en guise de ballon, signe à Santos à 15 ans et devient le roi du football : trois Coupes du monde.

Repères

Naissance23 octobre 1940, Três Corações (Minas Gerais)
ParentsDondinho et Celeste
EnfancePauvreté à Bauru (São Paulo)
SommetsCoupes du monde 1958, 1962, 1970
Mort29 décembre 2022, São Paulo, à 82 ans

Três Corações, Bauru, un ballon fait de chaussettes

Edson Arantes do Nascimento naît le 23 octobre 1940 à Três Corações, dans l’État du Minas Gerais. Son père, João Ramos do Nascimento, dit Dondinho, est footballeur ; sa mère s’appelle Celeste. La famille grandit pauvre à Bauru, dans l’État de São Paulo. Selon l’une des sources consultées, il a été nommé en hommage à Thomas Edison. L’état civil écrit « Edison », la famille disait « Edson », et chez lui on l’appelait « Dico ».

Enfant, il cire des chaussures, notamment au club de Bauru les jours de match, et il sert dans un salon de thé. Faute de ballon, il joue avec une chaussette bourrée de papier journal et ficelée, ou avec un pamplemousse. Voilà peut-être l’image la plus célèbre de sa légende : le roi du football naît d’un ballon fabriqué à la main.

La promesse faite à son père

Selon l’un des récits consultés, le père de Pelé, Dondinho, se blesse gravement au genou quand le fils a trois ans environ, et son club ne peut pas payer les soins : la famille vit dans une grande pauvreté. Une autre source dit seulement que la carrière de Dondinho s’est arrêtée sur une blessure au genou. En 1950, Pelé a neuf ans. Après la défaite du Brésil au Maracanã contre l’Uruguay, son père s’effondre ; l’enfant lui promet de gagner la Coupe du monde pour lui. Il tient parole en 1958.

La mère, Celeste, a eu son aîné à dix-sept ans et épousé João Ramos do Nascimento à seize. Ils ont deux autres enfants, Jair (dit Zoca, mort d’un cancer en 2020) et Maria Lucia. Dondinho meurt en 1996. Dans un documentaire de Netflix, Pelé dit avoir appris la modestie de ses parents : « Je n’ai jamais pensé que j’étais meilleur ou plus fort que quelqu’un. »

Un surnom que personne ne sait expliquer

L’origine de « Pelé » reste incertaine. Selon l’une des sources, ce serait la déformation de « Bilé », nom d’un gardien de Vasco da Gama qu’il admirait. Dans son autobiographie de 2006, il a dit lui-même qu’il ne savait pas ce que le mot signifiait. Nous le rapportons tel quel : un mystère raconté par celui qui le porte.

Santos à quinze ans

À Bauru, il est repéré par Waldemar de Brito, qui l’entraîne dans l’équipe de jeunes Baquinho (c’est là qu’il est payé pour la première fois, en 1954) puis le recommande à Santos. Il signe en juin 1956 et débute le 7 septembre 1956, à quinze ans, en marquant lors d’une victoire 7-1 contre Corinthians de Santo André.

1958 : un adolescent de dix-sept ans champion du monde

Il arrive en Suède avec une blessure au genou et manque les deux premiers matchs. À dix-sept ans, il devient le plus jeune joueur de l’histoire de la Coupe du monde à l’époque. Il marque en quart de finale, signe un triplé contre la France en demi-finale et deux buts en finale contre la Suède (5-2). Total : six buts.

Quatre ans plus tard, au Chili, il se blesse contre la Tchécoslovaquie et manque la suite du tournoi, que le Brésil gagne quand même. Point de détail curieux : certaines listes lui attribuent ce titre alors qu’il n’a pas joué la finale. En 1966, en Angleterre, il est malmené par des tacles violents et le Brésil est éliminé dès le premier tour.

Le Maracanã, 1961 ; les larmes, 1971

Le 5 mars 1961, avec Santos contre Fluminense, il remonte le ballon sur soixante-dix mètres, élimine six joueurs et marque d’un contre-pied. Une plaque au Maracanã désigne ce but comme le plus beau de l’histoire du stade. Il marque aussi 36 buts en 1957 et devient meilleur buteur du championnat de São Paulo à seize ans, avant d’être appelé en sélection.

Le 18 juillet 1971, pour son dernier match avec le Brésil (2-2 contre la Yougoslavie), le public du Maracanã scande « Fica ! » (« Reste ! »). Il retire son maillot et pleure. Il a marqué 77 buts pour son pays, un record resté inégalé.

1970 : le roi

Au Mexique, il marque en finale contre l’Italie (4-1) et gagne une troisième Coupe du monde, la dernière pour lui. Les chiffres de sa carrière restent discutés : la FIFA retient 1 281 buts en 1 363 matchs, mais ils incluent des rencontres non officielles ; d’autres sources donnent 1 279 ou 1 301. Son millième but, sur penalty contre Vasco da Gama au Maracanã, date du 19 novembre 1969.

New York et le ministère

Ses échecs dans les affaires l’obligent, selon une source, à rejouer pour rembourser ses dettes. En 1975 (1974 selon une autre source), il rejoint les New York Cosmos, débute le 15 juin 1975 et gagne le championnat de la NASL en 1977 avant de prendre sa retraite, après un match d’exhibition le 1er octobre 1977. De janvier 1995 au 29 avril 1998, il est ministre des Sports du Brésil, à l’origine de la loi « Pelé » contre la corruption.

Une légende souvent racontée, celle d’un cessez-le-feu de 48 heures pendant la guerre civile du Nigeria en 1969 pour assister à un match d’exhibition, n’est pas confirmée : les chercheurs locaux n’en ont retrouvé aucune trace contemporaine.

La famille, les peines

Il épouse Rosemeri dos Reis Cholbi en 1966 (divorce en 1982) ; ils ont trois enfants, Kely Cristina, Jennifer et Edson, dit Edinho. Edinho a été condamné à 33 ans de prison pour blanchiment d’argent, peine réduite en appel à 12 ans et 10 mois. Pelé s’est remarié en 1994 avec Assíria Lemos Seixas (divorce en 2008), puis en 2016 avec Marcia Aoki.

Celeste, cent ans

En janvier 2023, la mère de Pelé, Celeste, a 100 ans : elle les a fêtés le 20 novembre. Elle vit à Santos avec sa fille Maria Lucia. Celle-ci explique à ESPN que sa mère est « dans son petit monde » et qu’elle est « bien » : elle ne sait pas que son fils est mort.

Le cortège funèbre traverse les rues de Santos jusqu’au cimetière, et passe devant la maison de Pelé.

29 décembre 2022

Pelé meurt le 29 décembre 2022 à São Paulo, à 82 ans, d’une défaillance multiviscérale liée à un cancer du côlon. La veillée publique commence le 2 janvier 2023 à Vila Belmiro, le stade de Santos, et attire plus de 230 000 personnes. Il est enterré à Santos, la ville qui l’avait adopté à quinze ans.

L’enfant qui cirait des chaussures est parti en roi. C’est précisément ce que Portrait veut raconter : non pas le palmarès, mais le chemin.

Les sources divergent sur le club de son père (Fluminense ou Atlético Mineiro), les totaux de buts (1 279, 1 281 ou 1 301) et la ville du prétendu cessez-le-feu au Nigeria : nous signalons ces écarts dans le texte.

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